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L'Afrique c'est Nous!

Education et développement

29 Décembre 2012, 21:26pm

Publié par Charbel Gauthe

Instituteur : l’odyssée d’une profession à la reconquête d’une identité perdue

Par Fawaz AYAH

www.ecole-autour-du-monde.fr

 

D’origine latine institutor, -oris, «qui établit, ordonne», le mot instituteur est défini dans le Petit Larousse illustré comme la « personne en charge  de l’enseignement du premier degré », c’est-à-dire l’enseignement primaire, celui qui était autrefois désigné comme l’enseignement de base ou  école de base. C’est ce sous-secteur de l’enseignement qui a fait la réputation du Dahomey comme étant le quartier latin de l’Afrique francophone. A l’époque, l’instituteur était une perle rare. Sa profession était porteuse d’un immense prestige dans la conscience collective. C’était la profession de l’élite, la profession des akowé (intellectuels) qui incarnaient la réussite et l’ascension sociales dans un Dahomey où l’école avait encore un sens ; dans un Dahomey où l’instituteur, qui est en amont de l’instruction, avait encore toute son importance.

A regret, toute cette noblesse s’est effondrée avec les bouleversements sociopolitiques qui ont profondément ébranlé la société dahoméenne d’alors et béninoise d’aujourd’hui. L’enseignement est tombé de son piédestal en même temps que l’instituteur et les valeurs qu’il incarne. D’innombrables luttes pour la survie ont érodé lesdites valeurs, rompu des corps et corrompu des principes. La profession de l’instituteur, à la croisée des chemins, est désespérément en quête de son identité, une identité qui semble à jamais perdue. D’ailleurs, le mot instituteur est aujourd’hui de moins en moins utilisé, car il est confondu et fondu dans des termes  génériques comme enseignant ou maître.

La dégradation de l’enseignement s’accentuant de jour en jour, la qualité de l’enseignement s’est aussi peu à peu effritée. Les instituteurs, réduits à la clochardisation de leur profession et à la banalisation de l’éducation, ont laissé la démotivation prendre le dessus sur ce qui restait de leur idéal et de leur vocation. Ils battent le macadam presque chaque année pour revendiquer crânement leurs droits dénonçant des conditions de vie et de travail difficiles. Ils organisent chaque fois des grèves devenues cycliques pour revendiquer des rémunérations proportionnelles aux exigences de la vie quotidienne, à l’inflation et à la cherté de la vie.

C’est dans ce contexte que de milliers de jeunes diplômés, n’ayant ni aptitude professionnelle, ni vocation, pour la plupart d’entre eux, se sont rués vers l’enseignement, faute d’avoir trouvé un emploi qui corresponde à leur formation. Peu formés aux Programmes d’Etudes par Compétences controversés, ils transmettent tant bien que mal la flamme du savoir aux enfants dont les résultats laissent le commun des mortels toujours interrogateur. Et pourtant, ils ont besoin davantage de considérations de la part des pouvoirs publics pour donner des résultats satisfaisants.

Aujourd’hui, on parle de plus en plus de revalorisation de la fonction enseignante. C’est peut-être une des solutions pour encourager et motiver davantage les enseignants afin qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. Mais cette revalorisation se limite essentiellement pour le moment à l’attribution de primes aux enseignants. Mais suffit-il d’augmenter un accessoire de salaire pour revaloriser la fonction enseignante ? Quelle perception les instituteurs d’aujourd’hui ont-ils d’eux-mêmes ? Quid du travail qu’ils abattent et des efforts qu’ils déploient ? Que pensent-ils eux-mêmes la qualité de l’enseignement qu’ils dispensent?

La revalorisation de la fonction enseignante passe inéluctablement par une réelle volonté politique. L’éducation doit devenir la première des priorités de l’Etat. La construction des écoles doit être proportionnelle au nombre d’écoliers qui sont  de plus en plus nombreux depuis que l’accès à l’enseignement primaire est devenu gratuit. La bonne qualité des programmes d’études en parfaite adéquation avec le milieu social, la formation et le recyclage des instituteurs dans des écoles normales, l’amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants et l’instauration de meilleurs rapports entre l’Etat et les syndicats de l’enseignement sont des pistes nécessaires pour permettre à l’instituteur de reconquérir son identité.

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