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L'Afrique c'est Nous!

Ditanyè: que nous apprend l'hymne national du Burkina Faso?

5 Mai 2020, 10:27am

Publié par Charbel Gauthe

Ditanyè

1. Contre la férule humiliante il y a déjà mille ans,
La rapacité venue de loin les asservir il y a cent ans.
Contre la cynique malice métamorphosée
En néocolonialisme et ses petits servants locaux
Beaucoup flanchèrent et certains résistèrent.
Mais les échecs, l'insuccès, la sueur, le sang
Ont fortifié notre peuple courageux et fertilisé sa lutte héroïque.

Refrain :
Et une seule nuit a rassemblé en elle
L'histoire de tout un peuple.
Et une seule nuit a déclenché sa marche triomphale
Vers l'horizon du bonheur.
Une seule nuit a réconcilié notre peuple
Avec tous les peuples du monde,
À la conquête de la liberté et du progrès
La Patrie ou la mort, nous vaincrons !

2. Nourris à la source vice de la Révolution,

Les engagés volontaires de la liberté et de la paix

Dans l’énergie nocturne et salutaire du 4 août

N’avaient pas que les armes à la main, mais aussi et surtout

La flamme au cœur pour légitimement libérer

Le Faso à jamais des fers de tous ceux qui,

Cà et là, en polluaient l’âme sacrée de l’indépendance, de la souveraineté.

 

3. Et céans désormais en sa dignité recouvrée
L'amour et l'honneur en partage avec l'humanité,
Le peuple du Burkina chante un hymne à la victoire,
À la gloire du travail libérateur, émancipateur.
A bas l'exploitation de l'homme par l'homme !
Hé en avant pour le bonheur de tout homme,
Par tous les hommes aujourd'hui et demain, par tous les hommes ici et pour toujours !

4. Révolution populaire notre sève nourricière.
Maternité immortelle du progrès à visage d'homme.
Foyer éternel de démocratie consensuelle,
Où enfin l'identité nationale a droit de cité,
Où pour toujours l'injustice perd ses quartiers,
Et où, des mains des bâtisseurs d'un monde radieux
Mûrissent partout les moissons de vœux patriotiques, brillent les soleils infinis de joie.

Compositeur: Thomas Sankara; Patrick Ilboudo                                                                                         Année d'adoption: 1984

Commentaire

Ditanyè ou l’hymne à la victoire. Ainsi s’intitule l’hymne national de la république du Burkina. Qui dit Burkina-Faso pense automatiquement au capitaine Thomas Sankara, dont l’impact sur la terre des hommes intègres est absolument éternel. D’après l’histoire, le président de la république de l’autrefois Haute-Volta, révolutionnaire né, farouche opposant à l’oligarchie occidentale, aurait composé l’hymne de la victoire à l’aide de sa guitare.

La première strophe est consacrée au passé lointain et proche du pays. L’auteur nous rappelle la domination des terres de l’ancienne Haute-Volta par des conquérants violents et « rapaces ». Tel un oiseau carnivore, ils se jetèrent sur leurs « proies », les réduisant à un état de servilité. Ils se servirent aussi de « petits servants locaux », traîtres de premières heures, qui leur facilitèrent naturellement la tâche. Mais « certains résistèrent ». Ce qui renforça la « lutte héroïque » du peuple voltaïque. Cette strophe fait allusion à la période coloniale pendant laquelle plusieurs peuples africains furent réduits à un état de servitude. Nombre d’africains trahirent leurs peuples en filant le parfait amour avec les colonisateurs. Face à eux, il y avait aussi ceux qui refusèrent de se soumettre et qui combattirent jusqu’au sang pour la libération de leurs patries.

Ceux qui résistèrent, furent les défenseurs ardents de la liberté et de la paix. S’étant abreuvés « à la source vive de la révolution » qui ragaillardit, ils se munirent non seulement des armes mais aussi et surtout d’un cœur brûlant d’amour pour leur terre – jadis la Haute Volta – afin de libérer celle-ci du joug colonial. Au soir du 4 Août 1983 le capitaine Thomas Sankara, défenseur ardent de sa terre prit le pouvoir afin de donner au Faso un espoir de véritable indépendance et de souveraineté. 

Ceci fait, le Burkina recouvrit sa dignité longtemps perdue. N’oubliant pas qu’il fait partie de l’humanité entière, avec qui il partage l’amour et l’honneur, le pays « chante un hymne à la victoire ». Il sait à présent que seul le travail libère et émancipe. Le nouveau départ ne doit pas se baser sur l’exploitation dont a tant souffert le peuple. L’homme doit respecter l’homme. Il ne s’agit pas ici simplement du sexe masculin, mais aussi de la femme. Car comme le disait Thomas Sankara : « Il n’y a de révolution sociale véritable que lorsque la femme est libérée. ».

Seule la femme permet à l’homme de découvrir sa propre identité. Non seulement une identité personnelle mais aussi et surtout une identité nationale. Femme et homme doivent retourner à la source de leur identité. Celle qui se trouve au plus profond de leur tradition. Seule celle-ci pourra leur permettre de retrouver une vie où l’injustice « perd ses quartiers », où enfin ils pourront bâtir un monde radieux.

Par Charbel Gauthe


 

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