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L'Afrique c'est Nous!

Black Panther ou l’épopée africaine!?

5 Mars 2018, 00:05am

Publié par Charbel Gauthe

Par Charbel Gauthe

Angela Bassett, Forest Whitaker, Isaach De Bankolé, Martin Freeman, Michael B. Jordan, Andy Serkis, Chadwick Boseman, Danai Gurira, Lupita Nyong'o, Daniel Kaluuya, and Letitia Wright in Black Panther (2018)© imdb 
 

Lorsque je me rendis au cinéma pour enfin regarder ce film devant mettre en lumière les exploits africains et donner aux enfants et aux jeunes noirs des modèles aux envergures de Batman, Spiderman et autres, je fis le vœu de sortir de la salle un sourire aux lèvres et le cœur fier. Pourquoi diriez-vous ? En tant qu’africain et en homme averti des enjeux géopolitiques de notre ère mais surtout revêtu des valeurs panafricaines et traditionnelles, il est évident que pendant le film mes yeux ne seraient pas seulement rivés sur les personnages et décors miroités dans la bande annonce. Il s’agirait d’affûter aussi les autres sens surtout le sixième sens afin de flairer les intentions réelles que nous révéleraient l’histoire de Wakanda.

Je ne ferai pas ici une narration complète ou détaillée des faits, mais dans une démarche didactique de présentation, de compréhension et de critique ou d’autocritique il est important de rappeler quelques points marquants. L'histoire se déroule dans l'état du Wakanda, un état très riche et puissant situé en Afrique dans un univers non physique et né de l’union de treize royaumes sous l’initiative de T’Chaka devenu roi grâce au pouvoir magique d’une plante qui confère la puissance du Black Panther. La richesse et la puissance technologique de Wakanda provient d’un métal appelé vibranium absorbant l’énergie et la retransmettant de manière surnaturelle. Mais l’état est considéré par les autres nations ou plutôt se présente au reste monde comme un pays du tiers-monde, pauvre et sous-développé.

Face à la trahison de son frère Njobu qui travaille en tant qu’espion aux États-Unis et qui n’est pas d’accord avec la politique extérieure que mène le Black Panther, ce dernier le tue mais laisse sur terre l’enfant que Njobu a eu avec une femme américaine. Suite à la mort du roi T’Chaka au cours d’une conférence à l’ONU, le trône revient de droit à son fils légitime T’Challa (Chadwick Boseman) qui devient le nouveau Black Panther et rappelle à ses côtés son ex-amie Nakia (Lupita Nyong’o). Suivant la politique de son père il décide aussi de s’isoler du reste du monde. Après une expédition échouée qui consistait à attraper le redoutable Ulysses Klaw qui, aidé de Njobu, déroba une grosse quantité de vibranium au wakanda pour se réfugier aux États-Unis, T’Challa découvra toute l’histoire sur le fils de Njobu abandonné par son père.

Ce fils N’Jadaka, devenu grand est décidé à venger son père. Usant de la ruse et tuant Klaw dont il rapporta le corps au Wakanda, il ouvrit ses origines à la cour royale et demanda à monter sur le trône du Black Panther. Pour cela il doit d'abord affronter et combattre T’Challa, l'actuel roi dans un combat rituel. Mais au cours du combat, il ne se contenta pas seulement de le combattre, il le tua en le jetant du haut de la falaise rituélique. Devenu roi, il mena une politique d’ouverture sur le monde extérieur, déterminé à conquérir par la violence les autres états grâce au pouvoir du Black Panther et à la puissance du vibranium.

Entre-temps T’challa fût récupéré à moitié-mort par un pêcheur de la tribu des Jabari dont le chef est M’Baku, vaincu par T’Challa en combat rituel lors de l’intronisation de ce dernier. À l’aide de la plante violette conférant les forces du Black Panther, Ramonda mère de T’Challa le ramena à la vie. Il partit ensuite combattre N’Jadaka qu’il vaincu mais lui proposant de le guérir. Proposition que ce dernier refusa naturellement en mourant. N’Jadaka ayant déjà lancé l’offensive sur les autres nations, il fallut éliminer les avions de chasse se chargeant de fournir les espions en vibranium. Cette tache fût confiée à un agent de la CIA (Agent Everett Ross), soigné par la princesse Shuri (responsable de toute la technologie du Wakanda) après l’expédition manquée contre Klaw. L’histoire se termine sur la décision du Black Panther de faire connaître un peu plus son peuple et d’ouvrir un centre international d’aide au développement aux États-Unis.

Nous passerons maintenant à l’analyse de la forme et du fond du film à travers quelques détails frappants:

Le décor: rien à dire ; les 200 millions de dollar investis dans la réalisation du film ont été utilisé à bon escient. L’histoire se déroule dans un décor digne des films portant la signature Marvel. Un décor à la fois futuriste et traditionnel qui réjouira les amateurs de films héroïques. À la différence que Black Panther rend hommage au continent africain dans son entièreté : trônes, cuirasses, langues, habillement, cicatrices. Ce qui saute le plus aux yeux c’est bien sûr l’habillement de la garde rapprochée et des soldats du Wakanda. Tous vêtus de tissus africains adaptés à un accoutrement de combat. Scène qui m’impressionna quand même : les soldats se sentant attaqués se servent de leur pagne noué sur leur torse en le dépliant de gauche à droite déclenchant un bouclier de protection aux allures futuristes infranchissable. Il faut le voir pour comprendre.

Ähnliches Foto© nme

La coiffure: il s’agit ici essentiellement de la coiffure des femmes du wakanda. Un clin d’œil est fait aux africaines qui ne jurent que par la perruque et les mèches brésiliennes. En effet les femmes du wakanda sont soit coiffées d’un chapeau reflétant la tradition soit ont la tête complètement rasée (à ras coco comme on le dit) peinte d’un tatouage magistral. Cette dernière coiffure est d’ailleurs une obligation pour toute la garde rapprochée qui n’est composée évidemment que de femmes. Fait très intéressant : le général Okoyé (Danai Gurira) qui devait porter une perruque pour se camoufler lors de la mission d’arrestation de Klaw en était vraiment irrité si bien qu’elle s’en est plaint.

Le rôle de la femme: les cinéphiles qui s’attendaient à voir dans le film des femmes ménagères, soumises à mort, faibles et moins intelligentes, comme on le pense à tort de la femme africaine, ont été bien déçus. La place donnée à la femme dans le Wakanda est sans doute de loin le plus grand mérite de Black Panther.                                                        Commençons par le numéro 1 de ce que j’appellerai la centrale technologique du Wakanda ou le poumon vibratoire du royaume. Ce rôle est confié à une femme qui n’est autre que la princesse Shuri, sœur du roi. Cette jeune fille aux allures frivoles et à l’allure fine est pourtant douée d’une intelligence à la MI6. C’est elle qui invente tout l’arsenal défensif et scientifique du Wakanda. Grâce à ses inventions, elle put soigner en une nuit l’agent Ross qui fût pourtant grièvement touché. Celui-ci s’en étonna d’ailleurs.                                        Le deuxième plus grand rôle joué par la femme est celui qui fait tout de suite penser l’historien averti aux amazones du Dahomey, redoutables combattantes sous le roi anti-colonisateur Gbêhanzin, décédé à Blida en 1906 après avoir longtemps combattu l’armée française sous les ordres du général Dodds. En effet toute la garde rapprochée du roi T’Challa n’est composée que de femme aux allures fortes et courageuses. Munies de lances futuristes qui font vibrer la terre quand elles la touche et vêtues d’armures rouges étoffées de tissus traditionnels, elles sont toutes rasées et tatouées. Le regard perçant et terrifiant, leur seule présence et leur ineffable loyauté fait échouer tout projet de déstabilisation du royaume. On le remarque principalement dans la scène ou leur général Okoyé menaça de tuer son époux W’Kabi (Daniel Kaluuya), commandant de la garde masculine qui menait l’insurrection si celui-ci ne se rendait pas. Le royaume prime sur l’amour. L’amour ne doit pas rendre aveugle.

Ähnliches Foto © thedailybeast

Le rôle des enfants: l’autre fait marquant est la place des enfants dans le film. Ceci ne saute pas directement aux yeux mais lors du rituel d’intronisation du roi pendant lequel il boit la mixture du Black Panther et est ensuite couvert de terre, donc pratiquement enterré, on constate que ce sont les enfants qui, la pelle en main, jette du sable sur le roi. Cela peut être vu comme un tabou, les enfants étant interdits dans les couvents avant qu’ils atteignent l’âge adulte. Mais quand on regarde les cultures comme celle des dogons du mali ou les enfants sont choisi pour leur innocence afin de désigner le roi á travers le rituel des bâtonnets, on pourrait dire que l’enfant n’est pas si loin des rituels secrets des temples.

Outre ces quelques aspects positifs, on pourrait noter quelques faiblesses du film.

Le plus grand mauvais message à mon avis qui sort du film ne plaira pas du tout aux panafricanistes : le rôle de l’agent Ross agent de la CIA ramené au Wakanda et soigné par la princesse Shivu chef de toute la science wakandaise. En effet, après avoir été guéri, Ross se mit à poser des questions à la princesse Shivu sur les points forts de la technologie wakandaise. Celle-ci, sans hésité lui donnait la réponse à tout ce qu’il voulait savoir et parfois rajoutait des informations non demandées. Ensuite quand il s’est agi de stopper les avions de chasse qui était en route avec le vibranium vers les nations à conquérir avec violence, ce fût à ce même agent que l’on confia la grande mission de piloter l’avion virtuel charger de les éliminer. Le message est clair: la CIA, les États-Unis et par extension les nations occidentales sont les seules qui puissent venir aider l’Afrique à sortir des conflits. N’y-avait-il aucun homme ou aucune femme au Wakanda capable de piloter un avion de chasse? Le deuxième message négatif émanant de ce rôle est que les africains sont les seuls à donner des informations sensibles aux personnes qu’il considère comme leurs amis mais qui en réalité ne le sont pas. Dans un contexte d’intérêts géopolitiques, cet aspect  ne doit pas faire tête dans un film censé montré toute la puissance de maman Wakanda, maman Africa.

Ensuite, du conflit entre T’Challa et N’Jadaka on pourrait entrevoir les querelles intestines entre frères noirs c’est-à-dire que les noirs sont responsables des conflits qui se passent sur leur continent. Et ce parce qu’ils ne s’entendent pas entre eux. Si l’on doit se montrer très stricts et respectueux des traditions matriarcales en Afrique, le fils indigne N’Jadaka (né de l’union d’un père wakandais et d’une mère américaine) n’a pas droit au trône royal. Dans un autre sens bien que la femme soit très puissante dans le Wakanda, l’héritage se transmet non seulement de père en fils, mais aussi et surtout devient roi celui qui est vainqueur du combat rituélique. Vouloir réduire le pouvoir à un combat pendant lequel rien que la mort ne tranche est d’une ridiculité qui ne dit pas son nom. D’autre part, on pourrait lire dans la rivalité des deux cousins une certaine guerre entre Martin Luther King et Malcom X. Ce dernier voulant rompre totalement les liens avec les blancs en prônant une « suprématie » black tandis que le révérend King était pour une ouverture sur le monde tout en restant black. À la différence que dans le film N’Jadaka se découvre avec une violence inouïe.

Pour ceux qui se sont arrêté au début du générique fin, sachez que vous avez raté la meilleure raclée de votre vie. Une spécialité des Studios Marvel c’est de livrer à la fin des films après un cours générique certaines informations qui pourraient surprendre plus d’un. En effet juste après avoir présenté les acteurs principaux du film, le réalisateur nous montre une scène de T’Challa s’exprimant devant les Nations Unies. Dans son discours, il déroulait son projet de faire connaître la vraie nature du Wakanda au monde entier et son désir de partager la richesse et le pouvoir du royaume. Sur ce, un délégué blanc lui pose une question assez étrange mais qui, pour l’analyste averti ne reflète que la situation mondiale actuelle: « En toute honnêteté, que peut bien donner une nation de paysans au monde? » Réfléchissez-y!

En conclusion, en dépit de ces quelques incohérences le film présente une image d’une Afrique forte et dominante. Quand on le prend dans un sens dénué de toute interprétation géopolitique, il pourrait constituer une source d’imagination pour les enfants africains en manque de super héros. Toutefois, étant donné que toute production cinématographique contient des messages secrets sensés influer consciemment ou inconsciemment le subconscient de ceux qui la regardent, on a le devoir de ne jamais être neutre devant n’importe quel écran.

Que les ancêtres nous aident à nous souvenir de notre pouvoir, à utiliser les immenses richesses dont nous disposons et à faire preuve d’une grande discrétion. Il en est ainsi!

 

L’Afrique C’est Nous !

 

 

 

 

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